Friday, 30 September 2016

La promesse éphémère

Comme souvent les histoires d'amour commencent, celle-ci n'étant pas exception à la règle, c'était une très claire nuit d'été. Une douce brise passait paisiblement entre les feuilles des arbres, les cigales jouaient de leur musique, le ciel était d'un bleu profond, les étoiles scintillantes et le croissant de lune conférant un air serein à la scène. La nuit était déjà avancée, dans quelques heures à peine, les premiers oiseaux se mettraient à chanter pour réveiller et émerveiller la populace de leurs prouesses sonores.

Dans une clairière, nul ne sait exactement de laquelle il s’agit, près d'un ruisseau où coulait une eau pure et fraîche, un brin d'herbe profitait du calme de la nuit. Habituellement à cette heure bien endormie parmi ses frères et soeurs, cette nuit faisait exception. Il lui était parfois arrivé de se réveiller de cette façon, alors que la lune était déjà passée son apogée nocturne et que ça descente vers l'horizon était bien entamée, et qu'il se contente de s'endormir à nouveau, puisqu'il ne semblait jamais rien se passer durant les petites heures du matin. Cette nuit, donc, était d'une clarté inusuelle, ce qui piqua
la curiosité de se brin d'herbe. La lune avait-elle déjà eu cette forme exacte? L'odeur de la nuit est-elle différente de celle du jour? Se demandait-il. Tout en se posant ces questions, le brin d'herbe porta son regard vers le ciel. Et il frémi. Là-haut, tout là-bas dans le ciel, une étoile lui arracha un soupir. Elle étincelait comme un diamant minuscule. Pourtant, toutes les étoiles ne sont-elles pas semblable? Toutes rayonnaient d'une lumière blanche et lointaine. Celle qu'il l'avait captivée, par contre, semblait se détacher des autres et s'approcher timidement de la Terre. Était-ce une fausse impression causé par le désir d'amoindrir la distance entre le brin d'herbe et l'étoile? Non, non. Se dit-il. Le mouvement était à peine perceptible, mais encré dans la réalité. Le brin d'herbe chuchota dans la brise: «Oh, belle étoile que voilà. Mon souffle se brise dans ma poitrine depuis que mes yeux vous aperçurent. Je ne peux me l'expliquer, mais je sens en moi une affection pour vous, infinie, indéfinissable, impérissable.» 

Pendant un long moment, la nuit retourna sous le voile de son presque silence. Le brin d'herbe n'étant pas habitué à être réveillé ainsi dû se battre contre lui-même et le sommeil pour continuer à contempler son étoile. Puis, lorsque la nuit fut presque à sa fin, que les gouttes de rosé se formait sur la végétation de la clairière et que l'aube se pointerait le bout du nez d'un moment à l'autre, la brise rapporta cette réponse chantante au brin d'herbe qui avait succombé à un demi-sommeil: «Je vous ai aperçu au moment exacte où votre regard se tourna vers moi. Dès lors, je sus que nos destins seraient liés. L'affection que vous me portez ne raviva qu'encore plus la puissance de ma lumière. Sachez que j'éprouve pour vous une tendresse réciproque.»

Le premier rayon de soleil du matin tomba alors sur la clairière. Les étoiles disparurent du ciel pour laisser place au jour. Le brin d'herbe regarda son étoile jusqu'à ce qu'elle s'efface complètement du ciel. Puisqu'elle brillait le plus fort, elle fut la dernière à partir. La lumière dorée de l'aube étant donné sa nature propre, commençait tranquillement à réveiller les frères et soeurs du brin d'herbe. Celui-ci détacha son regard des cieux, et remarqua que la goutte de rosé qui s'était posée sur lui durant la nuit resplendissait de l'éclat de son étoile, capturé dans les derniers instants, et qui scintillait comme les milliers de diamants qu'il avait vu pendant la nuit. Il contempla donc la goutte d'eau jusqu'à ce que le soleil soit haut dans le ciel et que cette dernière s'évapore. Le scintillement de la goutte d'eau était pour lui la manifestation de la promesse éphémère entre lui et l'étoile de se rencontrer encore la nuit venue.